Risques humanitaires liés aux changements climatiques : ce que les assurances peuvent faire pour éviter le pire


Rédigé le 24 Février 2021 à 09:00 | 0 commentaire(s) modifié le 25 Février 2021 17:22

Ndakhté M. GAYE est un journaliste d'investigation engagé dans le suivi citoyen des obligations… En savoir plus sur cet auteur

(Equonet-Dakar) – Des Ong ont utilisé une police d'«assurance paramétrique» pour verser une indemnité avant que les pires effets d'une sécheresse ne se fassent ressentir.


Un nouveau rapport publié aujourd'hui  montre de quelle façon les assurances peuvent aider les gouvernements et les organisations à prévoir et à gérer de manière proactive et à grande échelle, les risques humanitaires liés aux changements climatiques. 

Ce rapport publié par le Start Network, un réseau mondial d'ONG humanitaires, se base sur une évaluation exhaustive du programme mené par le réseau au Sénégal, qui a utilisé une police d'« assurance paramétrique » pour verser une indemnité avant que les pires effets d'une sécheresse ne se fassent ressentir.

Six membres du Start Network (Action contre la Faim, Catholic Relief Services, Oxfam, Plan International, Save the Children et World Vision) ont collaboré avec le gouvernement sénégalais pour apporter, tout au long de l'année 2020, de l'aide aux familles sénégalaises en amont d'une grave sécheresse de grande ampleur.

Les organisations ont distribué de la farine enrichie et ont effectué des transferts monétaires à plus de 335 000 personnes dans sept régions. Cela a permis aux familles de protéger leur bétail et leurs autres biens précieux, et leur a évité de recourir à des « stratégies d'adaptation négatives », comme sauter des repas ou faire travailler les enfantsl au lieu d'aller à l'école. La pandémie de COVID-19 a exacerbé les besoins et les organisations ont saisi l'occasion pour diffuser des messages sur l'hygiène et l'assainissement, afin de limiter la propagation du virus. 

Le programme a été financé par le biais d'une police d'assurance paramétrique innovante. Cela signifie que des indemnités sont versées automatiquement lorsque des seuils scientifiques pré-approuvés sont atteints. Les seuils de déclenchement dans ce programme se sont basés sur les données des précipitations : lorsque les niveaux de précipitations sont tombés en deçà d'un certain seuil, la police d'assurance a versé l'indemnité. Cette police a été fournie par African Risk Capacity Insurance Limited.

L'ensemble du programme a inclus des polices complémentaires souscrites par le Start Network, parallèlement au gouvernement sénégalais. Cela signifie qu'une indemnité de 10,6 millions de dollars a été versée au Start Network et qu'une autre indemnité de 12,5 millions de dollars a été versée au gouvernement sénégalais. L'indemnité versée au Start Network reste le plus gros montant jamais alloué à la société civile pour une action humanitaire précoce .

Comme l'explique Amadou Diallo, coordinateur régional du financement des risques de catastrophes de l'ARC Replica : « La réponse humanitaire précoce financée par l'assurance de Start Network a beaucoup aidé les communautés vulnérables à gérer une période de soudure difficile, aux côtés du gouvernement du Sénégal. Ces communautés auraient été dans une situation grave – faisant face à une pandémie globale sans précèdent, suivant une saison de pluie désolante en 2019. Avec ce programme, nous pouvons gérer les risques climatiques de manière proactive et cette opération a démontré pourquoi il est si important que ces programmes continuent à être financés. »

Le rapport montre l'importance d'une gestion proactive des risques humanitaires. Les impacts suivants ont été constatés :
86 % des ménages ont déclaré avoir reçu l'argent suffisamment tôt pour se préparer à la période de soudure. 85 % des ménages ont indiqué avoir amélioré la qualité ou la quantité de nourriture à laquelle ils avaient accès. Le nombre de ménages comptant des enfants obligés de travailler a diminué de 13 %.
Le rapport recommande également aux autres programmes de financement des risques d'intégrer des polices d'assurance couvrant « un risque unique » dans le cadre de stratégies globales de gestion des risques, afin d'offrir une certaine flexibilité en cas d'aggravation des conséquences de  multiples aléas, comme cela a été le cas ici, avec une sécheresse associée à la COVID-19. Ceci est possible en complétant les approches basées sur des assurances par d'autres formes de financements d'urgence flexibles. Le Start Network développe actuellement une infrastructure à cet effet à l'échelle mondiale, nommée Start Financing Facility.

La couverture Replica de l'ARC est gérée dans le cadre d'un partenariat entre le Start Network, le gouvernement sénégalais, la Mutuelle panafricaine de gestion des risques (African Risk Capacity, ARC) et le Programme alimentaire mondial (PAM), financé par le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ), par l'intermédiaire de la Banque allemande de développement (Kreditanstalt für Wiederaufbau, KFW). ARC Ltd est elle aussi financée conjointement par la KfW pour le compte du BMZ et par le Foreign, Commonwealth & Development Office britannique.
 


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