compte tenu des modestes recettes pétrolières et gazières attendues à partir de 2023 au sénégal, le rapport de nrgi recommande une gestion rigoureuse et transparente de ces ressources financières


Rédigé le 15 Décembre 2021 à 18:14 | 0 commentaire(s) modifié le 18 Décembre 2021 12:51

Ndakhté M. GAYE est un journaliste d'investigation engagé dans le suivi citoyen des obligations… En savoir plus sur cet auteur

(Equonet-Dakar) - Il est peu probable que les recettes pétrolières et gazières attendues au Sénégal provoquent des fluctuations macroéconomiques importantes en raison de leur volume relativement modeste.


Ils sont nombreux ces gens qui pensent le Sénégal aura beaucoup de recettes pétrolières et gazières à partir de 2023. Mais, ils peuvent relativiser leur espoir car c'est l'effet contraire qui risque de se produire. En effet, le rapport NRGI sur la "Gestion des revenus pétroliers et gaziers du Sénégal" publié mardi14 décembre 2021 relève le caractère modeste de ces ressources financières fort attendues.

"Le Sénégal peut s’attendre à ce que des recettes pétrolières et gazières modestes commencent à contribuer au budget de l’État à partir de 2023. Et il est peu probable que ces recettes provoquent des fluctuations macroéconomiques importantes ou un syndrome hollandais, en raison de leur volume relativement modeste", note-t-il.

Par conséquent, le gouvernement devrait faire face à de grands défis dont celui de gérer rigoureusement ces maigres ressources financières. "Cependant, le gouvernement doit encore relever un certain nombre de défis pour bien gérer ces ressources. Le principal d’entre eux est d’éviter les dépenses excessives ou les investissements trop ambitieux sur la base de ces ressources, qui pourraient entraîner une dette insoutenable pour le Sénégal ou des projets d’infrastructures mal conçus et trop chers", indique le rapport.

Dans sa conclusion, le document invite le gouvernement à faire preuve de vigilance dans la promulgation des textes juridiques relatifs à l'épargne pétrolière. "Le gouvernement devrait également éviter de promulguer des règles et des dispositions complexes en matière d’épargne pétrolière — celles-ci ne sont pas nécessairement justifiées par l’ampleur des recettes que le pays tirera de l’exploitation des ressources pétrolières et gazières", a-t-il prévenu. Et de suggérer: "L’adoption de formules budgétaires plus simples qui limitent les dépenses publiques globales, telles qu’une règle de dépenses, peut aider le gouvernement à ne pas dépenser de manière excessive en comptant sur des recettes pétrolières à venir".

Le rapport relève un autre défi important auquel le Sénégal doit faire face: c'est d’améliorer la transparence et la redevabilité de ses institutions de gestion des recettes (surtout FONSIS et PETROSEN). "La politique budgétaire globale du pays est relativement transparente, et les plans du gouvernement visant à améliorer les rapports sur les recettes issues de l’exploitation des ressources naturelles (et la façon dont elles sont dépensées) sont louables. Toutefois, les autorités pourraient vouloir s’assurer que la nouvelle loi prévue sur la gouvernance du Fonds souverain d'investissement stratégique (FONSIS) rende l’institution plus transparente avant qu’elle ne commence à gérer les recettes pétrolières et gazières", recommande-t-il. "Par exemple, les rapports financiers complets, y compris les listes d’actifs et les rendements par catégorie d’actifs, devraient être rendus publics, de même que les audits externes indépendants", précise-t-il.

"De la même manière, la transparence de la Société nationale du pétrole (PETROSEN) pourrait être améliorée, notamment à travers la publication de rapports annuels et d’audit, et en garantissant de continuer la divulgation des états financiers, aussi sur une base annuelle. Les médias et la société civile jouent eux aussi un rôle important en demandant des comptes aux industries extractives — l’État doit veiller à leur garantir un environnement adéquat pour cela, en toute liberté et sans crainte de représailles", ajoute-t-il. 

Les auteurs du rapports encouragent le gouvernement sénégalais à renforcer les règles régissant les activités et les finances de PETROSEN avant le début de la production à grande échelle. "Le gouvernement pourrait souhaiter circonscrire le mandat de PETROSEN et mettre en place un dispositif efficient de contrôle de ses revenus. Cela encouragerait la société à se concentrer sur ses compétences essentielles, l’empêcher de devenir un État dans l’État, et de s’assurer que les recettes du secteur pétrolier et gazier servent effectivement à financer les soins de santé, l’éducation, les infrastructures et d’autres éléments qui amélioreront la vie des citoyens sénégalais", précisent-ils. 

Enfin, ces auteurs pensent que le FONSIS doit développer une expertise et un cadre de gouvernance pour devenir un gestionnaire d’actifs de portefeuille. "Le fonds est appelé à jouer un rôle clé dans la gestion des ressources pétrolières et gazières du pays, mais il s’agit actuellement d’un fonds d’investissement stratégique à petite échelle visant à développer les entreprises locales. Il sera nécessaire de faire des ajustements structurels pour lui permettre de remplir ses futures tâches. En particulier, nous recommandons que les autorités sénégalaises mettent en œuvre leur intention de séparer les deux mandats de FONSIS (investissement intérieur stratégique et investissement étranger ajusté au risque) et publient des directives d’investissement claires pour chaque mandat. Il sera également fondamental que le FONSIS embauche et forme du personnel possédant les qualifications et l’expérience nécessaires pour gérer les investissements du portefeuille", indiquent-ils.

Toutefois, le rapport souligne qu'en cette année 2021 finissant, le Sénégal est sur le point de devenir un important producteur de pétrole et de gaz. Et que les revenus qu’il peut espérer mobiliser lui ouvrent d’importantes possibilités d’accélérer le développement du pays par l’augmentation des investissements publics. Afin de s’y préparer, il signale que les autorités sénégalaises sont en train de réviser le cadre de gestion des revenus pétroliers et gaziers du pays, un travail toujours en cours.


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