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Ilyes Zouari, président Cermf : «l'arrimage à l'euro, ou à toute autre monnaie étrangère, constitue une menace potentielle pour les économies de la zone Cfa»


Rédigé le 15 Janvier 2021 à 12:45 | 0 commentaire(s) modifié le 16 Janvier 2021 - 15:33


(Equonet-Dakar) – Ilyes Zouari, président du Centre d'étude et de réflexion sur le monde francophone (Cermf), spécialiste du monde francophone, revient sur l’élargissement de l'Eco qui doit être entreprise avec rationalité et sans précipitation.


«Pour revenir aux pays de la zone CFA, et bien que le taux de change fixe par rapport à l'euro n'ait objectivement pas entravé le développement économique des pays concernés ces dernières années (l'Afrique francophone étant la partie la plus dynamique du continent, et en particulier la zone UEMOA), l'arrimage à l'euro, ou à toute autre monnaie étrangère, constitue toutefois une menace potentielle pour les économies de la zone (comme pour tous les autres pays dans le monde à être dans le même cas, à l'instar du Cap Vert, membre de la CEDEAO situé au large du Sénégal, et dont le cours de la monnaie est également fixe par rapport à l'euro). La volonté réaffirmée des pays de l'espace UEMOA, qui ont récemment décidé d'abandonner le franc CFA pour passer à l'Eco, de parvenir à terme à une monnaie commune à taux de change flexible, et dont le cours serait, par exemple, basé sur un panier de devises (en particulier l'euro, le dollar et le yuan chinois), constitue donc une nouvelle rassurante pour l'avenir des pays de la région. De même, le caractère progressif de cette transition et à saluer, car de nature à ne pas provoquer de fuite brutale de capitaux et à ne pas déstabiliser cette zone qui est la plus dynamique du continent.
 
«Ceci est d'ailleurs l'occasion de rappeler, et comme le savent tous les experts en la matière, que la décision qui avait été prise par les pays de la CEDEAO d'instaurer dès l'année 2020 une monnaie unique à l'ensemble des pays de la zone, francophones, anglophones et lusophones, n'a bien évidemment aucune chance d'être respectée. Et ce, pour la simple raison qu'aucun des pays de la région, à l'exception du Togo, ne respecte les critères de convergence. Et en particulier les pays anglophones (+ le Cap Vert) qui ne sont pas habitués, à l'inverse de leurs voisins francophones de l'UEMOA, aux principes de discipline budgétaire et monétaire qu'impose l'adoption d'une monnaie unique. Par conséquent, les pays de la CEDEAO se réuniront une nouvelle fois, au cours de l'année 2020, pour annoncer un énième report de quelques années de la création de cette monnaie ouest-africaine, comme ils l'ont déjà fait à plusieurs reprises au cours des dernières décennies (le Nigeria vient d'ailleurs de demander ce report, le 10 février dernier).
 
«L'attitude de certains commentateurs et responsables politiques de la région, faisant croire que la non adoption d'une monnaie unique pour l'ensemble de la zone dès 2020 résulterait d'un « court-circuitage » de la France, relève donc d'une habitude, tristement bien enracinée chez certains, de rejeter systématiquement sur autrui la responsabilité de leurs échecs, plutôt que sur eux-mêmes. Dans le même registre, il est intéressant de noter que la plupart des détracteurs les plus médiatiques du franc CFA considèrent aujourd'hui que la fin de l'obligation historique de centraliser en France 50 % des réserves en devises des pays de la zone UEMOA, n'est qu'un détail sans grande importance par rapport à la question du maintien - provisoire - d'un taux de change fixe pour l'eco vis-à-vis de l'euro (comme avec le franc CFA). Or, ces mêmes personnes considéraient il y a encore quelques mois que ce dépôt obligatoire de la moitié des devises constituait l'aspect le plus inacceptable du franc CFA, étant même présenté comme un symbole du soi-disant pillage des ressources financières de ces pays africains. Ce changement soudain d'attitude sur cette question (qui n'a, en réalité, et en tenant compte de l'ensemble des paramètres, toujours été qu'un détail technique, sans incidence sur le développement des pays de la zone, notamment parce que tous les pays du monde mettent toujours de côté une partie importante de leurs réserves en devises) est assez révélateur du manque cruel d'objectivité de certaines personnes, qui profitent, hélas, de leur accès aux médias pour manipuler les masses.
 
«Puisque la volonté d'aller vers une monnaie commune partagée par le plus grand nombre de pays d'Afrique de l'Ouest semble être assez largement répandue auprès des opinions publiques, les pays francophones de la zone UEMOA devraient alors bien se garder de faire preuve de précipitation en la matière, et privilégier une approche purement rationnelle, et non « affective ». Et ce, surtout lorsqu'il s'agira d'examiner une éventuelle adhésion du Nigeria, dont le poids démographique, d'une part, et les graves difficultés économiques, d'autre part, constituent une menace réelle pour les intérêts de l'ensemble des pays de la région, qu'ils soient francophones, lusophones ou anglophones (comme le Ghana, par exemple). En effet, et bien qu'en voie d'appauvrissement, le Nigeria continuera toute de même à peser assez lourdement en Afrique de l'Ouest du fait de son poids démographique (et, in fine, économique). Une adhésion de sa part à une monnaie ouest-africaine représenterait ainsi une grave menace pour la souveraineté de l'ensemble des pays de la région, qui n'auraient pas vraiment leur mot à dire sur la gestion de cette monnaie supranationale. La fermeture récente des frontières du Nigeria aux marchandises venant des pays frontaliers de la CEDEAO, sans concertation préalable et en dehors des règles mêmes de l'organisation, est d'ailleurs assez révélatrice de ce que pourrait être l'attitude du pays dans le cadre de la gestion d'une monnaie commune ouest-africaine (qui aurait probablement pour principal objectif de servir avant tout les intérêts du Nigeria).
 
«À cela, s'ajoutent donc les graves difficultés structurelles auxquelles fait face le Nigeria, qui connait une croissance économique très faible depuis plusieurs années (largement inférieure à sa croissance démographique, contrairement aux pays francophones frontaliers), une inflation assez forte (11,7 % en moyenne annuelle sur les sept années de la période 2012-2018, soit à peu près comme le Ghana, 12,9 %, mais très largement au-dessus de la Côte d'Ivoire ou du Sénégal, respectivement 1,1 % et 0,5 %), une monnaie ayant perdu plus de 50 % de sa valeur face au dollar depuis 2014 (et plus de 99 % de sa valeur depuis sa création en 1973, lorsque la livre sterling valait 2 nairas, contre 474 au 15 février 2020), et dont 95 % environ des exportations reposent encore sur le pétrole et le gaz (le pays n'étant toujours pas parvenu à mettre en place un tissu industriel capable de le sortir de sa dépendance aux hydrocarbures, en en diversifiant les exportations).
 
«L'intégration d'une économie en aussi mauvaise santé et en déclin comme celle du Nigeria à une monnaie ouest-africaine est incontestablement de nature à déstabiliser profondément les économies de tous les autres pays qui partageraient la même monnaie, à travers une importante perte de valeur de celle-ci, accompagnée, de surcroît, d'une politique monétaire plus adaptée à un pays en crise (le Nigeria, par son poids démographique et donc économique, dictant l'essentiel de cette politique), et ne correspondant donc pas aux besoins des pays dynamiques de la région. À commencer par ceux de l'UEMOA, plus vaste zone de forte croissance du continent, qui verraient ainsi leur dynamisme baisser significativement et assez rapidement.
 
«Par ailleurs, et dans un autre registre, indépendant de la question d'une éventuelle monnaie régionale, il convient de souligner que le déclin de l'économie nigériane est de nature, à terme, à accroître considérablement l'émigration de Nigérians, en quête d'une vie meilleure, vers des pays d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale, et en particulier vers le Cameroun, la Côte d'Ivoire, le Sénégal et le Ghana. Ces pays doivent donc se préparer à faire face à ce qui pourrait être un véritable choc migratoire, compte tenu de la population du Nigeria, et notamment les pays de la CEDEAO dont les règles prévoient la liberté de circulation et de résidence pour les ressortissants des pays membres. Des règles qu'il faudra peut-être songer à revoir en fonction des intérêts des autres pays de la région, francophones et anglophones.
 
«Enfin, et pour revenir à la question d'une monnaie commune, il est utile de rappeler que l'argument selon lequel une monnaie ouest-africaine permettrait de stimuler les échanges commerciaux entre les pays de la région, est un argument erroné qui ne correspond pas à la réalité des choses (et qui rappelle, d'ailleurs, une certaine propagande ayant précédé la création de l'Euro, pour une partie des pays de l'Union européenne. Une monnaie à laquelle n'auraient, d'ailleurs, probablement jamais accepté d'adhérer des pays comme la France et l'Italie si l'Allemagne comptait 600 millions d'habitants...). À titre d'exemple, les échanges entre les pays francophones de la zone UEMOA n'ont que très marginalement bénéficié de l'existence d'une monnaie commune à ces pays, et demeurent même encore globalement très faibles. Autre exemple intéressant, la part de la zone euro dans le commerce extérieur de la France a baissé depuis la mise en place de la monnaie unique, suite à une augmentation plus importante des échanges entre la France et le reste du monde qu'avec les pays de la zone euro. Ce qui permet, d'ailleurs, de constater que les flux commerciaux entre la France et les autres pays de la zone monétaire étaient déjà très importants avant la création de la monnaie unique... Ainsi, la hausse des échanges entre pays ne dépend pas de l'existence d'une même monnaie, mais simplement de la capacité des pays à exporter des produits, à travers la mise en place préalable d'un environnement favorable pour y parvenir (cadres juridique, réglementaire et fiscal, infrastructures, formation, accords commerciaux, et en s'appuyant, dans le cas de certaines industries nécessitant de lourds investissements, sur un marché assez important... comme le sont déjà ceux de l'UEMOA et de la CEDEAO).»
 
 
 
 
Ilyes Zouari



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